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Un rendez-vous raté entre nous et la classe dominante canadienne, voilà ce
que furent les élections du 14 octobre dernier. Près de 40% des électeurs et
électrices qui ont refusé de participer à cette mascarade. Ce taux d’abstention
record ne représente pas une paresse mais un ras-le-bol. Ne pas voter est un
acte politique, il est refus de cautionner un ordre des choses qui ne nous
plaît pas.
Et voilà qu’une autre campagne électorale a débuté. Le parti libéral
désirant une majorité de sièges, nous revoilà en élections. Les promesses
pleuvent sur la santé et l’éducation, alors que PQ et PLQ ont, il n’y a pas de
cela si longtemps, passé la tronçonneuse dans ces services. La menace adéquiste
est loin derrière, la possibilité d’un référendum est écartée et les mêmes
vieilles idées sont lancées dans l’espace public avec un enrobage différent.
Rien ne mobilise, la participation sera basse et cela nous réjouit. Tout ça,
sur fond de crise financière : résultat normal d’un système économique qui
se fonde sur l’extorsion du travail de la majorité, sur la spéculation et
l’accumulation sans fin de capitaux par une minorité.
Celle-ci qui met en évidence deux réalités. Premièrement, que la société est
constituée de classes en lutte. Les travailleurs et travailleuses, les
sans-emplois et en face, ce qui constitue la classe dominante : grands
propriétaires d’entreprises, spéculateurs, hauts gestionnaires. Une rivalité
que vient occulter l’élection d’une part, par des discours sur la grande
famille-société et d’autre part, en nous plaçant sur un pied d’égalité le temps
du vote. La gauche électoraliste y participe tout autant. Deuxièmement, que les
partis politiques ont des liens directs avec l’élite économique et forment donc
leurs représentants. Leur réaction face à la crise est sans équivoque : il
faut sauver l’économie, nous serrer la ceinture pour renflouer les poches de
nos voleurs. On l’a vu aux États-Unis : l’amitié des démocrates et des
républicains pour sauver les entreprises, les grandes banques et les grandes
corporations. Un plan de 700 milliards ! Ici, au Québec, ce sera moins
impressionnant mais tout aussi claire : les partis électoralistes sont les
représentants de la classe dominante.
Ce qu’ils désirent, c’est notre appui à leur État. Cette grosse machine de
domination d’une classe sur une autre. Dans laquelle se greffent de hauts
fonctionnaires, technocrates que nous n’élisons pas et qui pourtant, prennent
des décisions cruciales. Un État qui a comme cœur un parlement où siègent des
députés auxquels nous offrons notre pouvoir lors du vote. Là réside bien le
jeu, leur laisser notre force. Sur un système économique basé sur
l’exploitation se superpose un système politique fondé sur l’extorsion de notre
pouvoir. Ce pouvoir concentré, l’État le fait intervenir contre nous à toutes
les fois que la police brise nos grèves, nos luttes et par la promulgation de
lois d’exception (lois anti-terroriste, loi des mesures de guerre) attaquant
ces Droits le légitimant.
Les campagnes électorales se vivent donc comme un nuage occultant cette
réalité. Elles n’apparaissent que comme spectacle bien orchestré. Avec la
participation de firmes de sondages et de marketing, des moyens techniques
massifs sont mis en branle pour nous transformer en électeur, spectateur de la
joute du pouvoir. Le tout se clôture dans le vote, acte individuel par
excellence dans lequel nous pensons pouvoir lâcher notre frustration mais qui
n’est, en ce sens, que soupape de la vapeur de la collision sociale. Pensons à
ces employés de l’État qui, en 2005, après avoir été lessivé par le
gouvernement Charest, ont promis « de se venger dans les urnes ».
À ce mot d’ordre aseptiseur, nous rétorquons que notre pouvoir est dans la
lutte révolutionnaire. Lutte qui se joue en dehors de l’État, face à lui,
contre la classe dominante. Contre le capitalisme, contre la démocratie des
riches, nous voulons la démocratie directe et le plein contrôle sur nos moyens
de production. Aucune réforme ne peut y parvenir, seule notre organisation en
tant que classe peut le faire. L’abstention est, en ce sens, un premier acte
politique vers la pratique révolutionnaire.
Site internet de la coalition Nous on vote pas! en 2007