A l’université,ce que l’on ne nous dira pas, c’est que depuis que les instances élues existent, elles n’ont jamais enrayé la dégradation de nos conditions d’études et n’ont jamais été ne serait-ce qu’un frein aux réformes que l’université a subi, et est en train de subir. Le travail d’information, qui est sensé être celui des élu-e-s étudiant-e-s, est très peu, voire pas du tout fait par ces derniers ; il est heureusement relayé par des étudiant-e-s s’organisant de manière autonome. Mais de toute façon, l’information est distribuée de manière sélective aux étudiant-e-s, puisque les élu-e-s ont le privilège de pouvoir demander des documents, comme les projets de Contrat d’Etablissement (organisation et planification de la politique et de la vie universitaire pour 4 ans, propre à chaque université). L’information étant un pouvoir, on veut nous orienter vers des structures décrétées représentatives qui servent de filtres entre nous et les administrateurs.

Les élus étudiants prétendent nous représenter, mais de quel droit?

A aucun moment nous ne définissons précisément ce que devra être leur mandat. Nous ne faisons que glisser un papier dans une urne, leur donnant toute légitimité pour parler à notre place et en notre nom. Nous n’avons aucun contrôle sur ce qu’ils peuvent dire ou voter lors des conseils d’administration par exemple, et nous ne pouvons donc pas non plus les révoquer, c’est-à-dire les défaire de leur fonction ; ils peuvent très bien nous promettre d’adopter telle position avant les élections pour nous séduire et avoir notre assentiment par le vote et puis, libérés de tout contrôle collectif, faire ce qu’ils veulent après (tout comme nos politiciens nationaux), sans se préoccuper de notre avis. On sait bien que les réformes sont élaborées sans eux dans les ministères; ils n’ont aucun poids dessus car souvent, ils n’en votent, dans les instances où ils siègent, que les modalités d’application (quand ils votent, car dans certaines de ces instances, ils n’ont qu’une voix consultative...). Et même s’ils veulent faire entendre une voix discordante, ils sont de toute façon minoritaires face aux dirigeants de l’université qui sont, eux, chargés d’appliquer la politique décidée par le haut. Dans tous les cas, ils ne sont qu’une caution à la soit-disante «démocratie» qu’on voudrait nous faire avaler. Ils sont là pour prouver que «les étudiant-e-s ont la parole» ; mais lorsqueces dernier-ère-s la prennent lors d’Assemblées Générales, lorsqu’ils établissent clairement leurs revendications et veulent décider eux-mêmes de ce qui les concerne directement, là, comme par hasard, on ne parle plus de démocratie (pourtant, ce mot veut dire «gouvernement du peuple par le peuple», pas par des élus). La véritable démocratie est celle qui s’instaure dans les AG, lorsque la fonction d’une personne mandatée est définie collectivement, lorsque cette fonction peut être contrôlée et la personne révoquée en cas de non-respect de la position collective. Un mandaté d’AG, s’il doit porter une position collective, aura plus de poids qu’un élu parce qu’il y a un mouvement de gens derrière lui qui exerce, de fait, une pression: les gens sont actifs et ils n’attendent pas passivement ce qui va se décider.

Car au final, qu’est-ce qui peut faire avancer nos revendications?

Certainement pas les élu-e-s des associations ou syndicats étudiants, qui eux, pour la plupart, mènent leur bataille électorale en défendant leur sigle, leur étiquette, leur filière (corporatisme), et qui poussent les étudiant-e-s à la participation aux élections (de préférence en votant pour eux). Cette bataille électorale se fait, à plus petite échelle, sur le même principe que les campagnes nationales des grandes élections : le but est de faire voir aux étudiant-e-s qu’on est d’accord avec eux et qu’on les soutient dans leurs aspirations, et au final de se récolter des voix. Méfions-nous donc de l’intervention des représentant-e-s syndicaux dans les mouvements, et de la récupération qu’ils peuvent faire de ceux-ci. Les candidats aux élections étudiantes sont bien souvent plus soucieux de leur réélection et de l’importance que prendra leur organisation dans les instances de gestion, que de la défense des intérêts des étudiants. Ce qui fait avancer réellement nos revendications, c’est le fait que les étudiant-e-s s’organisent concrètement pour mettre sous pression les décideur-euse-s, et ne restent pas dans leur coin avec leur mécontentement. En laissant des gens décider à notre place et en leur permettant de négocier une réforme que nous ne voulions pas, nous avons perdu la teneur de nos revendications et notre lutte a échoué.Pour exemple, quand avons nous été consulté pour la modification du calendrier universitaire ? Voyons, aussi, la démarche des grosses centrales syndicales qui ont voulu cadrer le mouvement dans l’Education Nationale au printemps dernier en organisant des grosses manifestations à répétition, une journée de grève nationale par-ci par-là, de belles actions symboliques ! Résultat: déception et découragement, car même avec un million et demi de personnes dans les rues, la réforme sur les retraites est passée. Ces méthodes ont prouvé, une fois de plus, leur inefficacité !

Une chose est sûre : les intérêts que nous défendons ne sont pas ceux des instances décisionnelles de la fac, et ce n’est pas en y siégeant que nous les défendrons. Si les étudiant-e-s ont un poids, ce n’est ni à travers les élections universitaires, ni par une soit-disante représentation dans les instances décisionnelles de la faculté. C’est dans l’action collective : dans les AG et sur le terrain (blocages, occupations, paralysie de ces instances, solidarité avec des catégories qui subissent les mêmes logiques comme les intermittent-e-s, les chômeur-euse-s, les salarié-e-s, etc...).

ELIRE, C’EST LAISSER A D’AUTRES LE SOIN DE GERER SES PROPRES AFFAIRES. ABSTENTION AUX ELECTIONS ET ACTION COLLECTIVE!

Section Universitaire du Groupement d’Action et de Réflexion AnarchoSyndicaliste de Tours