Il est évident que toute la structure politique que nous connaissons maintient la contradiction entre l’égalité formelle du vote (un individu, un vote) 1 et l’inégalité réelle des revenus, de la possession du capital, du pouvoir économique 2. La seconde, c’est que le nombre d’années qui s’écoule entre chaque consultation interdit toute efficacité : imagine-t-on une voiture qui ne serait révisée que tous les 4, 5, ou 7 ans ? de plus, la complication des lois et des décrets permet au gouvernement de bloquer complètement (par le refus ou le retard dans l’octroi des crédits) toute action parlementaire ou municipale. Tout cela en dehors de l’absence réelle et totale de contrôle et de possibilité de révocation des élus par les électeurs. Ainsi, même pour ceux qui sont « pour » les élections, le système actuel est inefficace.

Il s’agit donc d’une farce tant les problèmes de fond sont absents.

Des candidatures marginales

Certains objectent néanmoins que des candidatures « marginales », (antinucléaires, écologistes, féministes, de soldats, homosexuels, régionalistes), ont un rôle à jouer dans le sens où ELLES METTENT EN AVANT UNE CONTESTATION PARTICULIÈRE DE LA SOCIÉTÉ et permettent de populariser et de faire discuter certaines idées, généralement « oubliées » par la politique spécialisée.
Or, ces groupes,constitués sur une oppression particulière, ou plutôt sur un aspect particulier de la domination, se cantonnent le plus souvent à leurs problèmes spécifiques, sans analyse globale de l’exploitation dans l’économie, ni de la domination dans les rapports sociaux, sans liens avec la politique française, et surtout sans projet politique plus ou moins global qui pourrait relier leur problème spécifique à ceux des autres exploités. Du point de vue d’un changement fondamental de la société, ils ne présentent donc pas plus de garanties qu’un quelconque groupe parlementaire, ce qu’ils sont en puissance.

Mais surtout,ces groupes ou mouvements 3 qui se sont stabilisés sur des oppressions spécifiques, sont toujours LE RÉSULTAT D’UNE PRISE DE CONSCIENCE PARTICULIÈRE DANS LA SOCIÉTÉ, et NON LA CAUSE OU LE POINT DE DÉPART D’UNE NOUVELLE PROGRESSION. Justifier donc une participation électorale pour populariser une idée, ou en débattre, c’est tromper son monde.

Rien ne passera auprès des gens, que ce qui est déjà passé, que ce qu’ils ont déjà comprît, accepté ou refusé. Ces idées, ces luttes, sont déjà entrées en partie dans la société, même comme questionnement ; ces groupes sont le produit frelaté et détourné de ces luttes et de ces questions, en même temps que le signe et le symptôme d’une impasse relative dans un développement possible et radical.

Ce raisonnement peut s’étendre à tout l’électoralisme dit « révolutionnaire », qui SUIT TOUJOURS UN MOUVEMENT SOCIAL, SANS JAMAIS LE CRÉER, NI MÊME LUI SERVIR DE RELAIS. Cet électoralisme indique plus les faiblesses du mouvement qu’il ne le renforce.

Il nous faut là remarquer que les arguments de nos électoralistes, mêmes « révolutionnaires », sont les mêmes que ceux de toutes les forces politiques qui n’ont pour l’instant aucune chance d’accéder au pouvoir politique réel, ou à sa représentation ; de Michel Jobert au Front National de Le Pen, du PSU a Gérard Furnon en passant par les sectes gaullistes ou fédéralistes, l’argument est le même : « populariser », utiliser une tribune.

Enfin, il nous faut remarquer que tous ces mouvements sont FRONTISTES.

C’est-à-dire qu’ils tentent d’unir sur une revendication particulière des gens dont en outre, les intérêts de classe sont différents.

Chacune de ces oppressions spécifique traverse la société au-delà de la division en classes sociales.

Il existe des soldats, des homosexuels qui appartiennent à la bourgeoisie ;l’écologie peut être aussi un souci de l’extrême-droite ou de la bourgeoisie libérale éclairée. Le féminisme de Florence d’Harcourt, de Françoise Giroud ou du groupe psychanalyse et politique, ne saurait être le même que celui des femmes qui sont en même temps que dominées, exploitées.

Présenter des candidats, c’est comme il était dit dans la Lanterne Noire nº 1 (au sujet des groupes spécifiques) « s’attribuer la direction politique d’une catégorie donnée », en en homogénéisant les intérêts. C’est du frontisme, c’est finalement du léninisme.

CEUX DONC DE CES MOUVEMENTS SPÉCIFIQUES QUI SONT RÉVOLUTIONNAIRES, LIENT LEUR LUTTE À CELLE D’AUTRES OPPRIMÉS OU EXPLOITÉS, ET SE DOIVENT D’AVOIR UN PROJET POLITIQUE QUI EN EXCLU LA BOURGEOISIE SOUS TOUTES SES FORMES. 4 Ils ne peuvent plus guère être « électoralistes », et les militants qui les composent ne peuvent être des « spécialistes » de tels ou tels secteurs ; ils militent généralement aussi ailleurs que dans le mouvement qui représente pour eux un aspect précis de la domination qu’ils subissent.

Mais laissons pour l’instant de côté la critique politique des consultations électorales, et voyons un peu la situation réelle de l’économie en France, au moment où un tapage électoral sans précédent prétend faire croire aux uns et craindre aux autres l’arrivée d’un bouleversement profond de la société.

Le programme commun : diminuer le profit Tous les programmes des partis politiques, de droite comme de gauche, se présentent comme des solutions à la crise ; à l’extrême-droite, c’est simple : c’est la faute aux travailleurs étrangers qu’il suffit de mettre dehors pour résorber le chômage et reprendre la croissance économique grâce à un argent qui resterait en France, au lieu de partir on ne sait où nourrir des feignants incapables de se développer eux-mêmes.

Outre le caractère parfaitement inacceptable d’un point de vue moral de ce racisme, nous verrons que d’un simple point de vue économique, celui de l’économie capitaliste bien sûr, la présence des travailleurs étrangers est au contraire un instrument pour ne pas plonger davantage dans la crise.

À Gauche, le Programme Commun ; il se fonde sur l’idée que la crise vient du manque de débouchés du secteur de consommation, lui-même dû à la baisse du pouvoir d’achat ;les investissements diminuent alors le chômage augmente, les petites entreprises ferment,… et la crise s’accentue. La solution ? Elle est simple : prendre l’argent là où il est, c’est-à-dire dans les tiroirs-caisses des riches, des milliardaires : « ceux qui peuvent payer » comme dit le P.C. Les nationalisations quant à elles devraient servir plus à assainir les dépenses de l’état, et à équilibrer la balance commerciale. Il y a bien sûr les divergences entre le P.C. et le P.S. 5, mais elles nous semblent plutôt secondaires, et liées aux « nécessités de la désunion » ; il s’agit donc de diminuer le profit, pour augmenter le niveau de vie, ce qui entraînerait une relance de la consommation, donc une possibilité d’investissements, donc… la fin de la crise…OUF.

Il nous faut faire quelques remarques sur le programme commun et sur les solutions qu’il propose pour enrayer la crise, pour élever le niveau de vie des Français, et même pour « changer cette vie ».

La première, c’est que la solution à la crise se situe DANS le système capitaliste. Ce n’est rien d’autre que la vieille solution keynésienne qui n’a bien entendu pas l’ambition de sortir de ce système. L’innovation serait dans un glissement progressif du capitalisme libéral, au capitalisme d’état.

La seconde remarque, c’est le point de départ de l’analyse développée par le programme commun, à savoir qu’il est vraiment possible tout à la fois d’améliorer réellement le sort des gens, tout en sauvant le capitalisme ; et en diminuant le profit, qui nous paraît faux.

Expliquons-nous.

Nous n’avons rien contre le fait de prendre l’argent là où il est 6, c’est-à-dire chez les riches. L’ENNUI, C’EST QUE RÉELLEMENT DEPUIS 10 ANS, LES PROFITS ONT DIMINUÉ. Bien entendu il ne s’agit pas d’un effondrement spectaculaire, ni d’un phénomène généralisable à tous les secteurs ; il ne s’agit, généralement, pas des secteurs à technologie hautement développée ou de pointe, ou des multinationales.

Et pourtant, prenons le cas de quelques-unes de ces dernières, comme Rhone Poulenc par exemple, qui sont en régression en France, alors que globalement, elles sont en expansion. Elles investissent à l’étranger, là où la main-d’œuvre est moins chère et moins revendicative, accentuant par là même le chômage en France. Bien qu’il ne s’agisse pas d’une vraie crise, ces transferts obligent à de gros investissements, et à une relative stabilisation du profit, pour bien entendu se maintenir dans un premier temps, puis se développer ensuite.

Que propose le PCF ?

Nationaliser parfois, mais surtout INVESTIR EN FRANCE et établir des mesures protectionnistes pour pouvoir, ensuite, ACHETER FRANÇAIS ET consommer français.

Outre le caractère encore une fois moralement réprouvable et même raciste de l’argumentation qui jette aux orties l’internationalisme prolétarien, et échange le droit au travail du bon français moyen, blanc, raciste, et communiste, contre le droit au chômage (non payé) de l’ouvrier africain sud-américain, ou asiatique, cette mesure n’est même de ce point de vue d’aucune efficacité.

Car aux mesures protectionnistes répondent toujours des mesures protectionnistes qui seront immédiatement prises par d’autres états, et qui auront comme effet de développer encore davantage « les difficultés mondiales de l’économie ».

Quant à nationaliser, il ne peut s’agir que de la filière française, et il est alors illusoire de penser que la gestion de celle-ci puisse échapper aux intérêts globaux de la firme.

Or ces secteurs, en difficulté momentanée de restructuration, sont en France largement minoritaires, au sein d’un système de production encore assez archaïque (l’un des plus archaïques du monde industriel et développé).

Et ce secteur archaïque majoritaire, subit lui une crise plus importante, qui va jusqu’à faire fermer certaines entreprises, et en tous les cas fait BAISSER RELATIVEMENT LE TAUX DE PROFIT.

La solution qui consisterait à prendre une telle masse d’argent (pour résorber le chômage et accroître la consommation) est strictement impossible dans le cadre d’un système non remis en cause par le programme commun.

La conséquence serait certainement la fermeture d’un grand nombre d’entreprises sans que cela puisse être encore compensé de manière équivalente par le développement de ces secteurs de pointe, ou des multinationales, qui sont eux aussi obligés de contrôler leur profit pour se développer, comme nous l’avons vu plus haut.

Au bout du compte, c’est encore le pouvoir d’achat qui diminuerait.

Le plus probable alors, c’est que le programme commun au pouvoir « compenserait » quelques mesures démagogiques d’augmentation de salaire, et de certains avantages pour les catégories les plus basses, non par une diminution du profit là où il se trouve, mais par un accroissement de la productivité là ou elle peut avoir lieu, c’est-à-dire dans le monde du travail.

Il ne s’agira alors que d’une variante de la seule solution possible : FAIRE PORTER LE POIDS CE LA CRISE AUX TRAVAILLEURS.

Quelle crise Il nous paraît utile de rappeler maintenant ce que nous affirmions dans nos « points communs » à savoir que « le socialisme ne peut être contenu inéluctablement dans le capitalisme à cause de (grâce à) ses contradictions internes ». La crise n’est pas automatiquement un élément de prise de conscience, une force de déstabilisation du régime, un élément qui nous amène à être encore plus révolutionnaires.

LA CRISE, ce n’est pas la fin du capitalisme, car celui-ci s’en nourrit pour se restructurer et redonner assise à sa domination. La mystique de la crise chez les marxistes et chez certains anarchistes, cache mal l’impuissance qu’ils ont à développer une pratique offensive contre l’oppression et montre bien par contre une attente que l’ennemi meurt de lui même.

En fait, cette position classique sous-entend une série de positions dans le genre : les masses abruties vont se réveiller, ou bien : les révolutionnaires n’auront plus qu’a « révolutionner ».

À notre avis, il faut se mettre dans la tête qu’il ne peut y avoir de crise subite, car les blocs, de l’Est comme de l’Ouest (la Chine aussi), ont des économies de plus en plus imbriquées et imitatives (la consommation des uns étant échangée contre la répression des autres). Par contre, les pays dits neutres sont autant de satellites en puissance dont les évolutions, les passages d’un camp à l’autre entraînent des changements dans les blocs (hausse des matières premières, ventes d’armes, par exemple).

Il n’y a donc pas à l’heure actuelle de crise profonde du capitalisme ; pas de cette crise en tout cas, telle qu’on nous la promet depuis sa naissance comme le signal du matin du grand soir.

L’alternative ne peut pas être, dans un avenir proche, « socialisme ou barbarie », et de toutes les manières, le capitalisme que nous connaissons est déjà la barbarie.

De toutes les manières, et en revenant à la France, trois éléments permettent à l’économie de ne pas sombrer dans le marasme :

A. L’exploitation des anciennes colonies africaines.

Toutes ces colonies sont maintenant indépendantes, mais tous les régimes sont fantoches, et dépendent directement des ambassades françaises qui organisent le pillage des matières premières, à l’aide des coopérants militaires, des flics et des profs 7.

Bien souvent, la France se sert de ces ex-colonies comme réserve de main-d’œuvre et fourniture de produits agricoles (ananas, café, concombres, etc.)

On peut mesurer l’ampleur du profit par la superficie contrôlée : 7 millions 776 000 km², avec une population de 52 millions de personnes. Il s’agit des pays suivants : Cameroun, Côte d’ivoire, Dahomey ou Bénin, Gabon, Haute Volta, Madagascar, Mali, Mauritanie, Niger, République Centrafricaine, Sénégal, Tchad, Togo, ex territoire des Afars et Issas. Tous ces états dépendent directement du ministère de la défense français et on peut juger du bénéfice de l’aide française à deux caractères :

— la Haute Volta, le Mali et le Tchad, figurent parmi les pays les plus pauvres du monde

— les dictatures avec disparitions des emprisonnés, et autres fioritures : Dahomey, Gabon, Madagascar, Mauritanie, Niger, RCA, Togo, Tchad. Les autres pays sont un brin plus libéraux.

On peut ajouter aussi 113 000 km² et un million d’habitants dans les colonies, déguisées en partie, de la France : Guadeloupe, Guyane, Martinique et Nouvelle Calédonie.

On remarquera aussi la forte influence sur le Maroc, l’Algérie, et la Tunisie surtout le premier nommé avec ses 16 millions d’habitants et ses 447 000 km².

Si on compare les satellites de la France à ceux de l’URSS, on constate que la Russie ne contrôle que 1012 000 km² en Europe, avec 105 millions d’habitants (Allemagne de l’Est, Bulgarie, Hongrie, Roumanie, Pologne, Tchécoslovaquie).

B. Cette politique de domination s’explique par la puissance militaire française et son rôle de marchand de canons : troisième exportateur mondial, ce qui correspond à 7 % des exportations du pays, et à 270 000 personnes employées.

Apparemment, la place de l’industrie d’armement n’est pas tellement grande, mais il y a deux implications importantes, politique et économique.

Économiquement, il faut remarquer que l’armement touche les secteurs de pointe : l’aéronautique qui travaille majoritairement pour l’armée et dont le reste du matériel peut aussi servir pour l’armement ; les télécommunications et l’électronique ;l’industrie automobile et maritime ; des secteurs divers : Lip, emballage (des bombes), vêtements, etc.

Politiquement, la France vend à toutes les dictatures de droite (celles de gauche sont fournies par l’URSS) : Chili, Argentine, Brésil, Zaïre, Afrique du Sud, Égypte, Lybie, Israël…

C. Depuis la limitation de l’entrée de la main d’œuvre étrangère (1972), les travailleurs étrangers (2 millions, plus leur famille soit 4 millions au total) servent de colmatage pour l’évolution du chômage. La tendance est de plus en plus d’avoir des travailleurs spécialisés français, et non plus étrangers. Du reste, les appels au travail manuel et la politique de sélection dans l’éducation nationale, ont clairement pour mission de fournir de futurs manœuvres français.

Exploitation des noirs, ventes d’armes aux fascistes, exploitation des travailleurs étrangers dont on se débarrassera progressivement, telle est la base et le fondement du niveau de vie que nous avons. La France est donc bien plus « nazie » économiquement que l’Allemagne fédérale contre laquelle luttent les groupes comme la RAF.

C’est un peu toutes ces choses, avec d’autres bien sûr, que nous appelions les vrais problèmes, et que le programme commun n’aborde pas.

D’un point de vue réformiste, ce programme ne propose même pas la fermeture des usines d’armement et leur transformation en lieu de fabrication d’objets de longue durée… et pacifiques. Il ne propose pas davantage le refus d’acheminer tout matériel de guerre, ni l’appui aux groupes africains qui luttent contre l’exploitation dans leur pays ; pas davantage la suppression des industries nucléaires.

…Alors ?

Sur le plan de la vie quotidienne dans les entreprises, peut-être y aurait-il des choses nouvelles ?

Non plus.

Le P.-S. nous prévient que dans les entreprises nationalisées les travailleurs décideront de beaucoup de choses… sauf pour ce qui concerne le plan (qui lui sera mis en place par des négociations entre le PS, le PC, le patronat et les syndicats) dont on sait qu’il concernera surtout les entreprises nationalisées.

Nous savons très bien que le système parlementaire, c’est tour à tour la gauche, qui pour se maintenir doit faire une politique de droite, et la droite, qui pour ne pas être chassée doit faire des concessions à la gauche. De plus en plus, les thèmes traditionnels des uns sont repris et amplifiés par les autres. Qui parle de « sécurité des citoyens », d’« ordre », d’« indépendance nationale » ? la gauche autant que la droite. Qui parle de « Liberté » de « niveau de vie » ? la droite autant que la gauche. Nous allons vers un modèle qui comme lors des dernières élections en Allemagne fédérale, verra des oppositions purement fictives, dans lesquelles rien ne distinguera les uns des autres, sinon le sigle, la tête des chefs, et la couleur des affiches.

De plus en plus, il n’y a qu’un modèle de gestion du capitalisme et tous sont obligés de s’y soumettre.

Changer la vie ?

Certainement peu probable dans le cadre du programme commun ; et pourtant, s’il y a crise, c’est beaucoup plus probable comme saturation des conditions de vie artificielles.

C’est pourquoi, une vision globale et critique de la société accompagnant des débats sur « le futur », sur l’utopie, sur des propositions concrètes, est très importante ; elle devrait rendre alors plus violentes les réactions à l’exploitation, sans les lier à un quelconque électoralisme.

Encore faut-il que cette violence ne refuse pas l’analyse de sa propre efficacité et se fonde sur des principes élémentaires : rotation, révocation, adéquation entre les moyens et les fins, possibilité de regroupements affinitaires, etc.

La Lanterne Noire

1 Et encore, sans tenir compte des minorités dépossédées, des émigrés et des jeunes ; sans parler des velléités traditionalistes d’un Debré, voulant établir le vote familial.

2 Quant à la vie courante, trois faits quotidiens démontrent l’inégalité flagrante, la fascisation de la vie française.

D’abord, l’abrutissement par la propagande, le silence de la droite et de la gauche sur les vrais problèmes (sans compter que la France est toujours le premier pays consommateur d’alcool par habitant de plus de 20 ans).

Ensuite, la mortalité par catégories socio-professionnelle est révélatrice des inégalités sociales : à 35 ans, l’espérance de vie d’un manœuvre est de 68 ans, d’un salarié agricole de 70, d’un employé de bureau, de 72, 73, des professions libérales, de 75 ans ;à50 ans, sur 100 000 employés du tertiaire, 500 meurent, alors que sur 100 000 manœuvres, il y en a 1 300 ; et à 75 ans, pour 1000 personnes vivantes à 35 ans, il reste 331 manoeuvres, 366 salariés agricoles, 450, 465 employés de bureau, 555 de professions libérales, ou de cadres supérieurs. Et il ne faut pas oublier la mortalité dans les accidents du travail (2406 en 1972).

Enfin, un récent article du Monde Diplomatique, révèle que les assassinats sont 10 fois moindres que le nombre des morts par accident du travail, et que les vols sont bien inférieurs aux fraudes fiscales, douanières et financières. Du reste, la catégorie sociale la plus condamnée est celle des petits patrons (34 % des cas) alors que les prolétaires, qui seuls vont en prison, forment 31,6 % de l’ensemble. Sans vouloir nier l’augmentation et l’importance de la « délinquance » il reste qu’elle est ridicule face aux tueurs et aux voleurs de haut vol que sont les hommes du régime.

3 Ceux qui présentent des candidats ou qui, s’ils n’en présentent pas, jouent le jeu de « l’officialité », des médias, voire de la respectabilité.

4 Lier, pour nous, ne signifie pas homogénéiser, gommer les différences, les oppositions ou les contradictions, mais prendre en considération TOUT le problème social, dont « les autres » font aussi parti.

5 Ces divergences, sur lesquelles nous n’avons pas le temps de nous appesantir ici nécessiteraient une étude fouillée des possibilités de gestion étatisées qu’offre l’économie française dans le contexte mondial. Le PC et le PS, qui représentent des « clientèles » différentes tant au niveau des catégories socio-professionnelles que dans la classe dominante (voir Front Libertaire no 75-76) offrent bien sûr des options possibles avec des modalités différentes, de cette gestion planifiée et étatisée

6 Pas seulement l’argent, d’ailleurs, mais tout ce dont tous peuvent avoir besoin (maisons, terres, outils, etc.) puisque nous sommes pour L’EXPROPRIATION

7 Voir à ce sujet dans la lanterne noire numéro 4 p 51 : « l’accident de madame Claustre ».

la Lanterne Noire n°10 (mars 1978)